Astana dorée

La vie sans dollars : crise en Asie centrale

La monnaie kazakhe, le tengué, dérape de nouveau. Le 26 juillet, la barre des 360 tengués pour un dollar a été passée dans les bureaux de change d’Almaty et d’Astana. Au Turkménistan, depuis le 25 juillet, la banque centrale empêche les importateurs de produits de consommation de régler leurs achats à l’étranger en dollars, d’après Alternative News Turkmenistan. Achgabat a ainsi délibérément fermé tout accès à la convertibilité de sa monnaie en dollars pour ses citoyens. Au Tadjikistan, la seconde banque du pays, Tojiksodirotbank, serait au bord de la banqueroute depuis le mois de mars, de même que la compagnie électrique nationale Borki Tojik. Tout ceci, alors que les autorités cherchent des fonds d’aides sans précédents auprès du FMI depuis février dernier déjà…

Pétrole et crise en Russie

Les prix du pétrole, et avec lui des matières premières, toujours au plus bas depuis juin 2014, sont les principaux facteurs de ce qui représente la plus forte crise économique de la région depuis l’indépendance de l’URSS, il y a tout juste 25 ans. Le Kirghizstan, le Tadjikistan, et plus récemment le Kazakhstan font partie de l’Organisation Mondiale du Commerce. Depuis ces adhésions, l’accroissement des échanges et l’ouverture économique ont été les principaux moteurs de la croissance de la région (pensons au marché aujourd’hui déclinant d’Ak-Saï et de Dordoï au Kirghizstan, pionner de la région dans l’OMC). Paradoxalement, ces éléments constituent aujourd’hui les facteurs de la crise en cours, avec des économies très dépendantes de leurs voisins russe et chinois ainsi que des marchés du pétrole et des matières premières.

A lire aussi sur Novastan : Almaty-Tachkent avec des travailleurs migrants

La fin de la manne des rémittences envoyées en dollars par les travailleurs migrants centre-asiatiques dans leur pays à cause de la crise en Russie est clairement à l’origine du manque de liquidité des banques tadjikes (pays qui recevait près de la moitié de son PIB en rémittence en 2014). De même, des problèmes de paiements apparaissent au sein des entreprises ouzbèkes (pays qui a le plus de migrants en valeurs absolue – quelques 3 millions). La crise en Russie à également mis fin aux investissements russes dans la région – l’annonce du non-financement des projets de barrages hydroélectriques sur la rivière Naryn (Kamabarata-1 et le Haut-Naryn) au Kirghizstan en sont les plus forts exemples.

A lire aussi sur Novastan : La Chine va construire des barrages hydroélectrique au Kirghizstan

Chine Asie Centrale

La Chine comme seul horizon ?

La Chine, même avec une croissance au ralenti, continue d’investir dans la région, à travers son projet de ceinture économique de la Route de la Soie pour joindre Asie et Europe par les terres. Ainsi, des routes, des usines et des mines continuent d’être construites par la Chine dans l’ensemble des pays d’Asie centrale. La Chine aurait, selon Trend.az, prêté quelques 2,7 milliards de dollars à l’Ouzbékistan en juin dernier afin d’assurer le développement de diverses infrastructures.

A lire aussi sur Novastan : Ouzbékistan : l’exode rural négligé

La dépendance vis-à-vis de la Chine joue déjà des mauvais tours à l’économie turkmène qui – à cause de l’indexation des prix du gaz sur ceux du pétrole que la Chine achète aux turkmènes – voit sa seule source de revenus s’évaporer au fur et à mesure que les prix du pétrole baissent. En 2014, alors que les prix du pétrole étaient hauts, le Turkménistan recevait près de 8 milliards de dollars de la Chine – exclusivement grâce aux ventes de son gaz. Loin derrière, à la seconde place des plus importants partenaires commerciaux, se trouvait le Turquie avec seulement 567 millions de dollars. Aujourd’hui, cette manne s’est totalement évaporée. Pourtant, le Turkménistan continue de construire des infrastructures pharaoniques pour accueillir les jeux asiatiques en 2017, faisant ainsi subir à la population des restrictions économiques sans précédent : taux de change du dollar fixe, hausses progressives des prix des charges communales (jusqu’alors gratuites).

A lire aussi sur Novastan : La Chine, leader régional ?

Christine Lagarde à Nazarbayev University - Astana

Un « rappel à la réalité » pour l’Asie Centrale

Christine Lagarde, directrice du FMI, notait lors de son discours devant les étudiants de l’université Nazarbaïev, le 24 mai dernier, que « la croissance dans la région n’a atteint que de 1% l’année passée, le plus bas depuis les deux dernières décennies, et on ne prévoit pas qu’elle dépasse 3,7% sur le moyen terme – bien en dessous des moyenne des décennies passées. Le bas prix des commodités, et une croissance moindre chez les principaux partenaires commerciaux, principalement la Chine et la Russie, ont profondément impacté la région. Malheureusement, certains de ces changements risquent d’être là pour longtemps. » Mme Lagarde a également ajouté que ce changement d’environnement économique mondial « doit être un rappel à la réalité pour l’Asie Centrale » qui ne pourra continuer à profiter des opportunités offertes par sa situation au cœur de l’Eurasie sans réformes institutionnelles profondes permettant de mettre fin à la corruption et aux inégalités.

A lire aussi sur Novastan : Astana, capitale des travailleurs et des 4×4

Pour l’instant cette crise sans précédent s’est plutôt traduite par un raidissement des autorités contre leurs oppositions. Au Tadjikistan, c’est le traditionnel Parti de la Renaissance Islamique qui a été interdit et ses membres pourchassés (jusqu’à faire appel à Interpol). Au Turkménistan, le pouvoir prépare une nouvelle Constitution qui semble laisser plus d’ampleur (encore) au président Berdimouhamedov. Et le Kazakhstan a fait fermer de nombreux médias indépendants suite aux mouvements de protestation contre la réforme agraire voulue par les autorités. Le Kirghizstan semble encore épargné par ce mouvement, flottant entre le modèle européen et russe au gré des visites de chefs d’Etats. Les effets de la crise économique la plus forte depuis les indépendances des pays d’Asie Centrale commencent seulement à se faire sentir.

La Rédaction

Astana dorée
Novastan
Partager avec
Commentaires
  • Intéressant mais plusieurs hyperliens de l’article ne fonctionnent plus, c’est dommage…

    21 octobre 2016
    • Etienne Combier

      Merci pour votre commentaire ! Les liens ont été modifiés et devraient fonctionner 🙂

      22 octobre 2016

Ecrire un commentaire

Captcha *