Carte OCS UEE organisations Asie centrale

L’Asie centrale, terre d’organisations régionales concurrentes ?

L’Organisation de Coopération de Shanghai, l’Union Economique Eurasiatique et la Ceinture Economique de la Route de la Soie sont-elles concurrentes ? Quels sont les buts de création, d’existence et de fonctionnement de ces trois structures régionales ? Dans quels champs peuvent-elles coopérer ? Novastan vous propose quelques éléments de réponses.

Depuis la dissolution de l’URSS, des processus d’intégrations dans l’espace post-soviétique et au-delà progressent. Ces processus ont donné lieu à la formation d’organisations régionales de dimensions et de contenus divers : purement centrasiatiques (l’Organisation centrasiatique de coopération), russo-centrasiatiques (EurasEC, Organisation du Traité de Sécurité Collective, etc.), caucaso-centrasiatiques (Organisation pour la Démocratie et le Développement), sino-postsoviétique (Organisation de Coopération de Shanghai), ou purement postsoviétiques (Communauté des Etats Indépendants).

Plus récemment, l’Union économique eurasiatique, portée par la Russie, et le projet de Ceinture économique de la Route de la soie, côté chinois, ont vu le jour. Pourquoi multiplier les organisations au lieu de développer celles qui existent ? Lorsqu’un niveau de coopération est atteint, on peut passer au suivant. Il n’empêche : dans de nombreux cas, ces organisations font double emploi.

La coopération avec la Chine, élément essentiel

Certes, la coopération des pays post-soviétiques avec la Chine constitue un élément essentiel de ces développements. A ce titre, l’Organisation de Coopération de Shanghai (OCS) a longtemps offert une excellente plateforme. Ces dernières années, nous avons cependant pu observer une démultiplication des structures régionales, l’OCS s’avérant partiellement inadaptée. Or les créations de structures telles que l’Union eurasiatique et la Route de la Soie chinoise peuvent affecter les relations russo-chinoises ou sino-centrasiatiques.

Quelle est la raison existentielle de ces organisations ? La réponse, ici, est liée aux craintes de la Russie par rapport à la Chine, dont le leadership au sein de l’OCS a pu être mal ressenti par la Russie et certains pays d’Asie centrale. En réaction, la Russie a privilégié l’accélération des activités de l’Union douanière entre Russie, Biélorussie et Kazakhstan, puis le passage à l’étape suivante d’intégration par la mise en place de l’Union économique eurasiatique, bientôt rejoints par le Kirghizstan et l’Arménie.

Ne pouvant se permettre de voir son influence reculer en Asie centrale, Pékin a promu la Ceinture économique de la Route de la soie afin d’approfondir sa coopération économique avec cette région et la Russie. Les discours officiels de ces deux organisations comme de l’OCS proclament que toutes trois ont vocation à se compléter.

Des missions similaires

Ces trois acteurs ont des missions plutôt similaires. L’Organisation de coopération Shanghai est une structure de coopération qui couvre des domaines de collaboration politique, économique, culturel, sécuritaire, humanitaire. Côté chinois, la Ceinture économique de route de la soie (CERS) est une configuration ouverte de la coopération économique à travers des mécanismes existants et avec l’utilisation des organisations déjà présentes.

Enfin, l’Union économique eurasiatique (UEE) est une organisation d'intégration économique régionale qui garantit la libre circulation des biens et des services, des capitaux et des mains-d’œuvre, et avec une politique coordonnée, cohérente et unifiée dans les secteurs de l'économie.

L’idée d’une union économique eurasiatique plus ancienne

La notion de l’Union économique eurasienne est plus ancienne que celles de l’OCS ou de la CERS. Le 29 mars 1994, l’idée est lancée par Noursoultan Nazarbaïev à l’Université d'Etat de Lomonosov (Moscou). Le leader kazakh propose de créer une nouvelle structure d'intégration, dont le but serait la formation d'une politique économique coordonnée entre les pays de la Communauté des Etats Indépendants (CEI) et l'adoption de programmes conjoints de développement stratégique.

Mais son idée ne fut pas saluée par des autres pays de la CEI. A cette époque, la consolidation de l’indépendance des Etats ex-soviétiques était prioritaire et toute forme d’intégration des pays ex-soviétiques avec la Russie était perçue comme un effort de rétablir l’Union soviétique. De nos jours, certains pays de la CEI et d’Asie centrale évitent par-dessus tout les unions, comme le Turkménistan ou l’Ouzbékistan. 

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En 1995 la Biélorussie, le Kazakhstan et la Russie signent le Traité sur l’union douanière, rejoints peu après par le Kirghizstan et le Tadjikistan. En 2000, les cinq pays fondent la Communauté économique eurasiatique (Eurasec) – une structure d’intégration économique des pays ayant pour but de renforcer la collaboration économique.

Un tarif douanier commun à l’intérieur de l’UEE

A partir de ce moment-là, des bases législatives d’une zone économique unique sont jetées. Après un bref intérêt de l’Ukraine, la création de l’Union douanière et de la zone économique unique se focalise en 2006 entre la Biélorussie, la Russie et le Kazakhstan. En octobre 2007 les « trois » signent le Traité sur la création de l’Union douanière, qui devient réalité en janvier 2010, une fois les règles douanières harmonisées.

Logo Union Economique Eurasiatique

Dans le cadre de cette union, un tarif douanier commun et un catalogue unique d’activités économiques extérieurs ont été établis. Le 1er juillet 2011, le contrôle douanier aux frontières intérieures est supprimé. L’Union douanière a garanti la libre circulation des marchandises sur tout le territoire de l’Union. La liste unique  de produits contrôlés, des exigences uniformes pour ces produits, l’importation et le déplacement dans le territoire douanier unique et le permit d’immatriculation ont été confirmés.

A partir du 1er janvier 2012, la Cour de l’Eurasec a débuté ses activités, en renforçant encore un peu plus la libre circulation des services, des capitaux et de main-d’œuvre. Le mois suivant, la Commission eurasienne économique est entrée en piste en tant qu’institut permanent de l’Union douanière et de la Zone économique unique. Avec à la clé, un transfert d’une partie de la souveraineté des pays-membres. Début 2015, l’UEE est en place, après la signature d’un traité par les présidents de la Biélorussie, du Kazakhstan, de la Russie le 29 mai 2014 à Astana.

Une entrée forcée

L’Arménie et le Kirghizstan ont rejoint tout récemment cette union de plus en plus importante. L’adhésion du Kirghizstan à l’UEE a été accompagnée par mécontentement et certain peur de plupart de population de ce pays, mais pour l’instant on ne constate aucun effet négatif pour le pays ou pour sa population.

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Néanmoins, cette union a provoqué des tensions pour les populations des Etats fondateurs. En 2012, des représentants de think tanks kazakhs nous ont confié qu’un referendum allait s’organiser afin que le Kazakhstan quitte l’Union douanière.[1] Rien de tout cela n’est encore arrivé. Car plus largement, la participation des pays à l’UEE semble imposée par des contraintes économiques. « Même si l’Arménie et le Kirghizstan ont rejoint l’UEE en 2015, elle est impopulaire en dehors de la Russie », expliquent les chercheurs Jeffrey Mankoff[2] et Richard Ghiasy[3]. « Les Etats ne deviennent membres du fait de la pression russe et du sentiment qu’ils n’ont pas le choix », continuent-ils.

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Jeffrey Mankoff va plus loin.  Pour le chercheur, « L’UEE est largement guidée par la politique, avec pour objectif de lier les Etats post-soviétiques du Caucase et de l’Asie centrale à Moscou, à l’intérieur d’une association économique qui deviendra ultérieurement politique. Cette ambition est connectée au but du Président Poutine de créer un “pôle” eurasiatique pour contrebalancer l’hégémonie de l’Occident dans notre monde multipolaire.»

L’Organisation de coopération de Shanghai : pont entre la Chine et la zone post-soviétique

L’Organisation de coopération de Shanghai (OCS) est une structure complexe, couvrant un large éventail de domaines : politique, économique, culturel, sécuritaire, humanitaire. Fondée en 2001, l’OCS est une organisation régionale qui compte six pays-membres, à savoir la Chine, le Kazakhstan, le Kirghizistan, l’Ouzbékistan, la Russie et le Tadjikistan. Les pays de l’OCS, qui incluent également des pays-observateurs et des partenaires de dialogue, couvrent un territoire supérieur à 39,19 millions de km2, soit un quart des territoires terrestres. L’OCS rassemblement également la moitié de la population mondiale et un quart du marché et du Produit Intérieur Brut (PIB) mondial.

Organisation de Coopération de Shanghai rencontre 2012

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Deuxième plus grande organisation internationale après l’ONU, l’OCS est aussi la seule organisation de sécurité où la Chine est membre et les Etats-Unis ne participent pas. Les membres de l’OCS regroupent 25 % des ressources mondiales de pétrole, 50 % du gaz naturel, 35 % du charbon, et 50 % de l’uranium.

Au cœur de l’OCS, la confiance militaire

L’OCS est née sur le papier en 1996 au moment où les « Cinq de Shanghai » (Russie, Chine, Kazakhstan, Kirghizistan, Tadjikistan) ont signé un accord sur la consolidation de la confiance militaire dans les régions frontalières. Depuis, les sommets regroupant les cinq Présidents sont réguliers, le dernier ayant eu lieu en octobre dernier. Le succès de la réunion de Shanghai a incité les pays participants à développer cette coopération et, chaque année, un sommet du Forum de Shanghai s’est tenu alternativement dans chaque pays.  En 1997, la réunion de Moscou s’est soldée par un accord sur la réduction mutuelle des forces armées le long des frontières entre les pays membres.

L’OCS a pris sa forme définitive en juin 2001 lorsqu’elle a intègré l’Ouzbékistan et est devenue une organisation de coopération régionale. Depuis quelques années, les activités de l’OCS se sont démultipliées. A partir de 2001, l’OCS s’est fixée comme objectif de lutter contre les « cinq maux » : le terrorisme, l’islamisme, le séparatisme et le trafic de drogue et d'armements.  La Charte de l’OCS a été signée le 7 juin 2002, à Saint-Pétersbourg au cours de la réunion des six chefs d’États fondateurs de l'OCS et ratifiée en 2003. Deux instituts permanents ont été établis : le secrétariat de l’OCS à Pékin, et la structure antiterroriste régionale à Tachkent.

Une organisation d’abord sécuritaire, devenue économique

Les chercheurs Marlène Laruelle et Sébastien Peyrouse estiment qu’avant 2005, l’OCS s’occupait des questions de sécurité régionale et qu’ensuite, l’OCS prend « une orientation nettement plus économique ».[4]   Les chefs d’États de l’OCS estiment qu’après le règlement des problèmes de sécurité régionale, l’OCS élargit ses champs d’activités à l’économie et la coopération humanitaire.

De nos jours, l’OCS est une organisation régionale qui couvre pratiquement tous les domaines de coopération, même militaire. Chaque année pays-membres organisent les exercices militaires antiterroristes avec la participation de ses pays-membres.

Du fait des désaccords entre Russie et Chine, l’impossibilité d’un développement

Les désaccords entre la Russie et la Chine ont eu pour conséquence que l’OCS ne peut pas se développer pleinement. En même temps, l’apparition de l’UEE et de la CERS menacent ses activités économiques, voire même l’avenir de cette structure régionale. Sur le plan théorique, des débats concernant la nature de l’OCS opposent également les tenants d’une organisation de coopération à ceux d’une vision d’intégration.  Après quatre ans de recherche, nous avons conclu que l’OCS est une organisation de coopération régionale.

Réunion Chine Russie BRICS

Malgré les critiques existantes concernant cette structure, l’OCS se développe pleinement. L'Inde et le Pakistan viennent d'ailleurs de signer des documents d'adhésion, tandis que de nombreux pays, parmi lesquels la Syrie, l'Azerbaïdjan ou l'Egypte veulent la rejoindre en tant que membres ou observateurs.

La Ceinture économique de route de la soie : un nouveau mode coopération à la chinoise

L’initiative de création de la Ceinture économique de la Route de la Soie (CERS) a été annoncé par le président Xi Jinping à « l’Université Nazarbayev » lors de sa visite officielle au Kazakhstan en 2013. En novembre 2014, la Chine a établi un fonds d'investissement de 40 milliards de dollars qui sera investi au développement des projets de route de la soie de la terre et de la mer.

La CERS est une structure fonctionnelle, mais pas institutionnelle. L’interaction des pays ne suppose pas la création d’une organisation ou une structure institutionnelle, c’est un forum libre d’interactions entre les différents participants (pas uniquement les pays, mais aussi la communauté des affaires). La tâche principale de cette ceinture est l’intensification de capacité fonctionnelle et l’importance des participants à ce projet.[5]

Un méga projet de 21 billion de dollars

Lors de visite de Xi Jinping en Asie centrale en septembre 2013, le président chinois a présenté  les idées principales de la CERS. Tout d’abord, un échange constant de points de vue sur différentes questions de coopération économique. Ensuite, la construction d’infrastructures de transports uniques de l’océan Pacifique à la mer Baltique et le renforcement des relations commerciales avec l'élimination des obstacles. Enfin, le renforcement de flux de monnaie et le renforcement des liens entre les nations.[6]

Camion frontière Chine Kirghizstan

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Les spécialistes américains du Center for Strategic and International Studies voient la CERS comme étant orientée autour de « la création d’échanges commerciaux et de liens de transit afin de permettre aux exportateurs chinois d’atteindre des marchés au Moyen-Orient et en Europe ». La CERS – un mégaprojet, avec le coût total estimé à plus de 21 billion de dollars – est un outil puissant pour promouvoir les ambitions économiques et géopolitiques de la Chine.

L’UEE, une gêne pour le projet chinois ?

L’apparition de l’UEE ne semble pas embarrasser les dirigeants chinois. Pour la première fois en présentant la ceinture économique de la route de la soie, le président chinois Xi Jinping, a clairement indiqué la possibilité de créer un espace commun de l'interaction, et la volonté de la CERS de coopérer avec l’UEE.[7]

Cependant, pour le responsable du programme "La Russie dans la région Asie-Pacifique" du Centre Carnegie de Moscou Alexander Gabuev, l’UEE a été créé pour fermer la porte aux importations chinoises et la CERS ne peut pas tout enlever et annuler. Ses mots confirment l’hypothèse que l’UEE a été créée pour limiter la politique économique et l’influence chinoise dans la région. Cette hypothèse est vraisemblable, mais tout le monde ne peut le dire ouvertement.

Des organisations régionales concurrentes ?

Pour Seyit Ali Avcu , directeur du Centre de recherche sur l’Asie centrale de l’Université Turque « Manas » à Bichkek, « il y a aujourd’hui deux processus d’intégration réussis en Asie centrale ». Le chercheur, qui s’exprimait lors d’un colloque organisé par l’Institut kirghiz des études stratégiques, a un avis plutôt tranché sur la question. « Le premier est l’Union Economique Eurasiatique, qui a pour logique de fond d’établir un pouvoir autour de la Russie pour équilibrer l’influence occidentale. Le second est la ceinture économique de la route de la Soie, qui est un projet grandiose de pipelines, d’infrastructures et de développement de liens économiques entre la Chine et l’Europe, en passant par l’Asie centrale »[8].

Seyit Ali Avcu estime que ces deux procès ne sont pas de concurrents. Premièrement, l’UEE est une intégration réelle comme l’UE, tandis que la nature de la CERS n’est pas claire. Ensuite, l’UEE est un accord multilatéral, tandis que la CERS est un accord bilatéral. Enfin, l’UEE est institutionnalisée, lorsque la CERS ne l’est pas.

« L’UEE peut être un instrument de construction d’une route de la Soie »

Mouratbek Imanaliev, ancien secrétaire général de l’OCS, estime que « L'Union économique eurasiatique peut être un instrument de construction d’une route de la soie ». Il ne voit pas de concurrence entre ces deux structures.[9] Ainsi, il estime que les pays-participants de la CERS pourraient utiliser les structures existantes de sécurité régionale comme l’Organisation du traité de sécurité collective (OTSC), l’OCS et la Conférence pour l'interaction et les mesures de confiance en Asie (CICA) pour contrer la militarisation excessive de l’Eurasie.

chemin de fer Russie chine train rails

La CERS pourrait alors utiliser toutes les structures existantes dans la région pour se développer, sans avoir l’intention en aucun cas de concurrencer les autres structures.

Le but ultime de la CERS : un leadership chinois sur l’Asie centrale ?

Mais cette opinion n’est pas partagée par l’ensemble des acteurs en présence. « En considérant l’Asie centrale, l’UEE de Poutine et la CERS de la Chine pourrait entrer en conflit à un moment », estime ainsi l’analyste  Joseph Nye.  Jeffrey Mankoff et Richard Ghiasy, chercheurs au Center for Strategic and International Studies estiment que le but ultime de la CERS est la création d’un institut avec un leadership chinois comme la Banque asiatique d’investissements pour les infrastructures.

« La CERS est un projet chinois très réussi. Même si son but principal est économique, à l’avenir nous pourrions être témoins de la création d’une structure de sécurité basée sur la CERS », estiment-ils dans un article de The Diplomat.

L’OCS, un pont entre Chine et Russie

Du côté de l’OCS, des points communs existent avec la CERS. L’OCS est une organisation de coopération multilatérale, mais après 15 ans d’existence, la coopération bilatérale entre les pays est surtout sur le plan économique. Ainsi, l’OCS peut devenir un instrument de réalisation des idées de la CERS. La CERS a été « inventée » par les dirigeants chinois car l’OCS ne pouvait pas pleinement se développer et fonctionner du fait de la concurrence entre les idées chinoises et russes, un fonctionnement intérieur et un processus de prise de décision inefficace, ou encore l’absence de mécanisme de financement des projets économiques communs.

Pour le directeur général adjoint du ministère des Affaires étrangères de la Chine Gui Congyou, l'Organisation de coopération de Shanghai servira de principal forum pour la promotion de la CERS et l’UEE, tel un pont entre Chine et Russie.

L’UEE et la CERS négocient

Si l’OCS pourrait être utilisée par la CERS, L’Union économique eurasiatique devrait synchroniser ses processus d'intégration avec le projet chinois. Le ministre du Commerce de l’UEE Andreï Slepnev et le ministre du Commerce chinois Gao Hucheng ont ainsi signé le 8 mai 2015 une déclaration sur le début des négociations. Elles ont débuté en juillet-août 2015 à Pékin, sans avancer beaucoup depuis. Le processus peut prendre environ deux ans, mais peut-être beaucoup plus. Alexandre Knobel, chercheur au département du commerce international de l’Institut de politique économique en Russie, avance que l’accord entre l’UEE et la Chine peut être simplement déclaratif et inefficace.

La Russie et l’Asie centrale dans une relation d’amour-haine avec la Chine

A l’exception de cet accord, rien de concret n’a été effectué entre l’UEE et la Chine ou la CERS. Cependant, une tentation de coopération ou de synchronisation des activités de l’UEE et de la CERS ou celle d’un partage de zone d’activités et de champs de coopération entre les trois structures régionales existent. Les pays postsoviétiques semblent ne pas vouloir du tout une intégration avec la Chine. Dès que la Chine propose une idée, il y a toujours une contre-idée de la part de Russie et des autres pays.

Poignée de Main Poutine Xi Jinping

Dans le cadre de l’OCS, de nombreux projets économiques sont sur la table, avec des programmes et des mécanismes de réalisation, mais ils sont tous suspendus. Les idées de l’UEE et de la CERS pouvaient pleinement se réaliser à l’OCS, mais aujourd’hui il y a des doublons de structures régionales avec les mêmes idées de coopération régionale. La Russie et les pays d’Asie centrale ne veulent pas se très rapprocher avec la Chine, mais la coopération est indispensable.

L’Asie centrale ne veut pas rompre avec la Chine

En 2010, Mouratbek Imanaliev estimait que les pays de l’OCS post-soviétiques préfèrent s’accorder d’abord à l’Organisation du Traite de sécurité collective pour les questions de sécurité et les questions économiques. Ensuite, ils abordent ces questions dans le cadre de l’OCS avec la Chine. Nous constatons actuellement la même chose.

Mais si d’un côté les pays postsoviétiques ne veulent pas d’intégration avec la Chine, de l’autre ils ne veulent pas rompre leurs relations avec une grande voisine. Pour cette raison, la Russie essaie de coopérer avec la Chine et faire savoir qu’elles sont toujours des partenaires et collaboreront dans tous les domaines, surtout économiques.

Trois organisations régionales très différentes

L’UEE, l’OCS et la CERS sont trois structures très différentes, avec des buts de création, d’existence et de fonctionnement très éloignés. Théoriquement parlant, l’Union économique eurasiatique est une organisation d’intégration économique de certains pays post-soviétiques. C’est une structure économique, mais comme le dit Konstantin Syroejkin, il ne peut pas exister une organisation purement économique. Dans le cas de l’UEE, il y a certainement une bonne dose de politique.

L’Organisation de coopération de Shanghai est une organisation de coopération régionale. Son but ultime est la collaboration de la Chine avec les pays d’Asie centrale et avec la Russie. Il y a beaucoup de problèmes communs entre ces pays comme le terrorisme, l’extrémisme, le séparatisme, le trafic de drogue et d’armes, les questions et disputes frontalières, la sécurité régionale et nationale, le développement économique, social et politique, etc. L’OCS est une sorte de pont entre la Chine et les pays centrasiatiques et la Russie. La Chine était perçue comme un « ennemi » à l’époque soviétique et cette perception existe toujours dans certains pays d’Asie centrale, voire en Russie.

L’OCS a joué un grand rôle depuis sa création en facilitant le rapprochement de ses membres politiquement, économiquement, culturellement et stratégiquement. Tel est le principal avantage de l’OCS. Mais elle n’a pas pu atteindre l’ensemble de ses objectifs fixés au début de coopération à cause de certaines contradictions entre la Russie et la Chine à propos de l’avenir de l’OCS, de l’absence de mécanisme de financement des projets communs et de sa procédure de prise de décision inefficace. C’est pour ces raisons que la Chine a lancé un autre projet de coopération économique avec les pays limitrophes – la Ceinture économique de la route de la Soie.

Des structures qui ne se concurrencent pas, pour le moment

La plupart des initiatives et projets proposés par la Chine aux pays d’Asie centrale ont été compris comme une tentative de dominer la région, tandis que les structures institutionnelles obligent leurs pays-membres à se plier à un contrat. C’est pour cette raison la Chine a lancé un autre mécanisme de coopération bilatérale de libre forme comme la CERS. Dans le cadre de la CERS, non seulement les pays collaboreront, mais on comptera également des organismes de la sphère privée, telles les banques, les structures internationales, et toutes sortes de mécanismes qui existent déjà.

Les trois structures analysées poursuivent leurs propres objectifs et n’ont pas l’intention de concurrencer avec quelconques structures internationales ou pays indépendants. Elles ont des objectifs fixés poursuivent, pour le moment, leurs buts principaux. A l’avenir, elles pourraient coopérer, ou même se compléter pour mieux atteindre certains buts.

Jildiz Nicharapova
Docteure en sciences politiques et chercheuse à l'Université Américaine d'Asie Centrale

Maitre de conférences au département des relations internationales à l'Université Nationale kirghize

Edité et relu par Etienne Combier



Bibliographie de l’auteur:

Nicharapova, Jildiz, “L’OCS a-t-elle un avenir?”, article, sur Diploweb.org, le 21 mars 2015.

Nicharapova, Jildiz, « Développement de la langue Kirghize a l’aide des instituts d’éducation et de recherche (le cas de l’Université Nationale Kirghize, Institut National des études stratégiques, Académie d’administration publique auprès du Président du Kirghizstan), colloque international organise par IFEAC et Université Nationale Kirghize, septembre 2014.

J. Nicharapova, L’OCS: un nouveau mode de coopération ou une nouvelle intégration régionale?, thèse de doctorat de sciences politiques dirige par professeur émérite Daniel-Louis Seiler et Gérard Groc, Institut d’Etudes politiques d’Aix-en-Provence, 2014.

Nicharapova, Jildiz, « Les champs de coopération et de compétition des grands a l’OCS », article, Vestnik KNU, avril 2012.

Nicharapova, Jildiz, « Perspectives de coopération de l’OCS », policy brief, collection de documents après le Forum de l’OCS, mai 2011, Tachkent.

 

 


[1] Nous remercions deux représentants de l’Institut de politique et économie mondiale auprès du Premier President du Kazakhstan, Almaty.

[2] Jeffrey Mankoff is Fellow and Deputy Director of the Russia and Eurasia Program at the Center for Strategic and International Studies (CSIS), Washington.

[3] Richard Ghiasy is a Researcher at the Stockholm International Peace Research Institute (SIPRI).

[4] S. Peyrouse, M. Laruelle, L’Asie centrale à l’aune de la mondialisation, Paris, Armand Colin, 2010, 234p.

[5] Aidar Amrebaev, table ronde organisée par Institut de recherche de coopération internationale et régionale, Université Kazakh-Allemande, Almaty, mai 2015.

[6] Collection des publications après le colloque “Développement et prospérité commune le long de route de la soie”, le 28 novembre 2014, Bichkek. P:81-82. 

[7] Adil Kaukenov, table ronde “UEE et CERS: stratégie de complémentarité », Astana, mai, 2015.

[8] Collection des publications après le colloque “Développement et prospérité commune le long de route de la soie”, le 28 novembre 2014, Bichkek. P:81-82. 

[9] Ibid.

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