Isgender Moulikov ministère de l'intérieur Turkménistan Démission Politique

Le ministre de l’Intérieur turkmène limogé pour corruption

Isgender Moulikov a été renvoyé par le président turkmène sous l’œil des caméras. Ce limogeage prend les formes d’une guerre contre la corruption sur fond de lutte de pouvoir et d’argent dans la capitale turkmène.

Le président turkmène Gourbangouly Berdimouhamedov a limogé son ministre de l’Intérieur Isgender Moulikov, a annoncé le 1er octobre dernier la télévision d’Etat turkmène, comme l’a relayé le site d’information turkmène Orient.tm. Isgender Moulikov avait été nommé ministre de l’Intérieur par le président en 2009, une longévité exceptionnelle à un poste où les ministres défilent d’ordinaire d’année en année dans les autres pays d’Asie centrale. Il est remplacé à son poste par le vice-Premier ministre Mammetkhan Chakiev, âgé de 42 ans.

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Ce limogeage est l’occasion d’une offensive médiatique contre la corruption de la part du président. La dernière campagne médiatisée sur ce thème avait eu lieu en 2017 et avait également donné lieu à la destitution de nombreux hauts-fonctionnaires.

La corruption officielle mise en scène ?

Selon la version officielle, le président turkmène a signé le décret de révocation d’Isgender Moulikov du poste de ministre, avec en prime sa dégradation de lieutenant général à commandant de police. Isgender Moulikov se voit également privé de toutes ses décorations d’État. Ce décret a été officialisé lors de la réunion du Conseil de sécurité de l’État, suite au rapport du procureur général du Turkménistan sur les résultats d’une inspection au ministère de l’Intérieur sur des faits de corruption au sein du ministère de l’Intérieur turkmène. Le ministre en disgrâce a dû quitter le conseil de sécurité immédiatement lors des réprimandes du président montrées à la télévision.

Selon l’enquête du procureur général rapportée par le média basé à l’étranger, Turkmen.news, l’ancien ministre Isgender Mulikov aurait fermé les yeux sur les faits de corruption et d’extorsion d’argent par des policiers de la circulation routière. Certains d’entre eux ont dû se repentir publiquement devant les caméras, avouant qu’ils avaient intentionnellement intimidés des conducteurs, perçus des pots-de-vin et fermés les yeux sur des infractions au code de la route.

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La télévision officielle a également montré des responsables de la circulation qui ont participé à un convoi de mariage de neuf voitures ayant grillé un feu rouge le 19 septembre dernier à Achgabat, la capitale. Ces faits mineurs de corruption ont été désignés comme les principales raisons de ce « nettoyage » au ministère de l’Intérieur turkmène.

A la télévision d’Etat, l’ancien ministre a été accusé « de graves manquements dans les travaux et dans la gestion des structures subordonnées, pour des abus de pouvoir et pour une violation flagrante de l’autorité officielle ». Des accusations fortes, même si dans un pays comme le Turkménistan où la corruption est extrêmement répandue, l’incrimination sur ce thème sert surtout à se débarrasser de quelqu’un devenu gênant ou ayant pris trop d’importance.

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Gourbangouly Berdimouhamedov a d’ailleurs exigé un durcissement de la peine pour corruption et a chargé le parlement, conjointement avec le Conseil de sécurité, de revoir l’ancien système et de mettre en place un nouveau programme de lutte contre l’éradication de la corruption.

Une affaire d’entrepreneur arrêté comme principale raison du limogeage

Au-delà des accusations officielles, des affaires d’argent autrement plus importantes pourraient être en jeu. Selon les informations du média basé à l’étranger Turkmen.news, le limogeage du ministre de l’Intérieur serait lié à l’arrestation quelques semaines auparavant d’un jeune entrepreneur influent, Charimouhammed Koulov. Condamné à 25 ans de prison pour des faits de corruption, cette interpellation aurait déjà été à l’origine des limogeages du directeur de l’industrie pétrochimique du Turkménistan et du ministre du Commerce extérieur le 5 septembre dernier.

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Charimouhammed Koulov serait devenu trop influent au sein des structures d’Etat turkmènes et aurait pu représenter une menace pour le président, selon l’analyse propose par Turkmen.news. Ce qui expliquerait ce remaniement conséquent, qui a désormais atteint le ministre de l’Intérieur et poussé les autorités à montrer des faits de corruption.

L’ex-ministre a également été officiellement blâmé pour le fait qu’un parent de Charimouhammed Koulov, Didarmourad Mouhammedov, occupait le poste de chef adjoint du bureau des passeports d’Achgabat, et utilisait sa fonction pour gagner de l’argent. Une punition qui laisse à penser qu’il y a effectivement un lien entre l’arrestation de ce jeune entrepreneur et le limogeage du ministre de l’Intérieur.

La rédaction

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Isgender Moulikov a été démis de ses fonctions de ministre de l’Intérieur après dix années à ce poste.
Capture d'écran Turkmen News
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