Margiana Turkménistan Nouveau musée de Berlin Exposition

Le royaume de Margiana, joyau de l’ancien Turkménistan, exposé à Berlin

Le Nouveau musée de Berlin accueille jusqu’au 7 octobre une exposition exceptionnelle sur Margiana, un royaume de l’âge de Bronze situé dans le sud-est de l’actuel Turkménistan.

Novastan reprend et traduit un article initialement publié par notre version allemande.

Un archéologue soviétique en avait découvert les traces dès le début des années 1970. Mais il fallut près d’un demi-siècle pour atteindre la curiosité du public occidental. « Margiana. Un royaume à l’âge du Bronze au Turkmenistan », c’est le nom de cette exposition temporaire, inaugurée le 25 avril dernier au Nouveau Musée de Berlin.

« Margiana ». Comme une invitation au voyage, la simple évocation du nom évoque une beauté exotique, un ailleurs imaginaire. Dans le monde bien réel, il s’agit d’un ancien territoire, situé dans le sud-est de l’actuel Turkménistan. Environ 2000 ans avant notre ère, une civilisation y prospérait, dont les vestiges suscitent l’étonnement jusqu’à aujourd’hui.

5 années de négociations

Cette exposition est tout à fait inédite. Pour la première fois, « Margiana » quitte les territoires turkmènes et rencontre un public qui ne connaissait ni son nom, ni l’existence de cette civilisation de l’âge du bronze.

Ce véritable « coup d’éclat diplomatique et culturel » est le fruit de cinq années de négociations, qui se ressentent dans la conception de cette exposition. Le Turkménistan est d’abord replacé dans son contexte historique et géographique : un territoire autrefois intégré à l’Union Soviétique, le plus méridional d’Asie centrale, frontalier du Kazakhstan, de l’Ouzbékistan, de l’Afghanistan, de l’Iran, et de la mer Caspienne.

 La visite prend ensuite la forme d’un circuit : au centre de l’exposition, la capitale de Margiana à l’âge du bronze, Gonur Depe (la colline grise), est mise à l’honneur. S’il se laisse le temps d’observer avec attention chaque objet de l’exposition (environ 1h30), le visiteur découvrira une culture tout à fait étonnante. Cela ne tient pas seulement à la qualité des pièces exposées, toutes prêtées par le Turkménistan, mais aussi aux photographies grands-formats réalisées par la célèbre photographe Herlinde Koelbl.  En côtoyant les œuvres exposées, ces clichés donnent un élan supplémentaire et nécessaire à l’imagination des visiteurs.

Vivre dans le désert grâce à des tuyaux en grès

Les images d’Herlinde Koelbl montrent encore autre chose. La photographe a accompagné l’équipe scientifique du musée, chargée des époques préhistoriques et proto-historiques, dans leur voyage au Turkménistan. Herlinde Koelbl a fait de nombreuses photos de paysages, de sites archéologiques, d’habitants, d’animaux et d’objets. Mais au loin, c’est surtout l’immensité du paysage désertique qui attire le regard.

Car Margiana se situait dans le désert de Karakoum, qui existe toujours aujourd’hui. Mais à l’époque, il était parcouru par le fleuve Murghab. On reconnaît alors le haut degré de civilisation atteint par Margiana, à la manière dont les hommes parvenaient à exploiter efficacement cette précieuse source, à ne pas la sacrifier aux sables du désert. Ils mirent au point un système d’irrigation avec des tuyaux imbriqués, en grès brûlé. A l’aide de cet ingénieux système, Gonur Depe a su répondre à ses besoins essentiels, en plein désert.

Gonur Depe Turkménistan Age de Bronze Margiana Royaume

La ville de Gonur Depe est en elle-même un exemple saisissant, un chef-d’œuvre d’urbanisme, tel qu’il se pratiquait déjà dans les temps anciens. Les 28 hectares que compte au total cette grande cité étaient divisées en différents districts – résidentiels, artisanaux, cimetière – qui étaient tous regroupés autour d’un quartier central, rectangulaire et fortifié, où se trouvait le palais royal. L’ensemble de la ville était protégé par un épais mur d’argile.

Là où reposent les riches et les puissants

Exemplaire également, le fait que les traces encore visibles soient laissées par les riches et les puissants, comme souvent dans l’histoire de l’humanité. On trouve ainsi, au sud-est de la ville, le cimetière royal. Les stèles exceptionnellement raffinées rappellent le faste des maisons souterraines, avec leurs nombreuses chambres et leur basse-cour. Dans ces dernières ont été retrouvés des véhicules à roues, une quinzaine de domestiques inhumés, ainsi que des dépouilles animales.

Les habitants de Margiana n’excellaient pas seulement en irrigation et en urbanisme. Un certain goût pour l’esthétisme façonnait également leurs lieux de vie, comme le dévoile leur art unique de la mosaïque. Dans les salles et les coffres finement décorés des mosaïques les plus raffinées, de superbes offrandes ont été retrouvées : des vases d’or et d’argent, des parures, des armes, comme ces haches ornées de crânes d’animaux, ou encore d’autres outils probablement destinés aux rites pratiqués. C’est une chance de pouvoir encore contempler ces objets de grande valeur. On le doit surtout au fait qu’ils furent enfouis dans de profondes galeries creusées sous les tombes, à l’abri des pillards.

La richesse des importants se lit dans la tombe 

L’esthétisme des habitants de Gonur Depe ne repose pas seulement sur l’architecture. Les fouilles mettent en lumière des objets, comme des coupelles en filigrane, des flacons, des miroirs, des baguettes, qui apparaissent comme des produits de luxe. Des statuettes laissent imaginer leur idée de la beauté : des yeux puissants et maquillés par un épais contour noir.

Des fragments de bijoux ont également été retrouvés, en or, en argent, ou encore en lapis-lazuli. La pierre fine, avec sa couleur bleue caractéristique, était un article d’importation exotique. Mais il n’était pas le seul. Presque tous les produits d’artisanat témoignent d’intenses relations commerciales avec des régions parfois lointaines, dont provenaient les matières premières nécessaires qui n’existaient pas localement. Car Margiana n’était pas une oasis isolée, mais un territoire dynamique et bien relié au reste du monde à l’âge du bronze. En atteste la mention faite par l’historien romain Quintus Curtius Rufus au premier siècle de notre ère, auteur d’une vaste série d’ouvrage sur Alexandre le Grand.

L’exposition s’achève au moment où la civilisation de Margiana connaît son apogée, autant en terme de richesses que de symboles de pouvoirs. On observe l’immensité du palais de Gonur Depe et des haches ornés de crânes de coqs, avant de retrouver le début du circuit. On explique alors aux visiteurs de ce « royaume à l’âge du bronze au Turkménistan », où se trouve, avant toute chose, le Turkménistan.

L’exposition est ouverte à Berlin jusqu’au 7 octobre 2018. Elle prendra ensuite la route de Hambourg puis de Mannheim.

Vera Steschin
Journaliste pour Novastan

Traduit de l’allemand par Antoine Roth et Elodie Vouaux

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Un oiseau de proie sculpté de plus de 2000 ans, vestige du royaume de Margiana, exposé à Berlin.
Staatliches Museum Turkmenistans, Aschgabat © Herlinde Koelbl
Les restes de la ville de Gonur Depe, capitale du royaume de Margiana il y a plus de 2000 ans.
Herlinde Koelbl
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