Turkmenbachi Mer Caspienne Turkménistan

Le Turkménistan appelle les Etats-Unis à la rescousse du gazoduc transcapien

Partager avec

Malgré la signature de la convention accordant un statut juridique à la mer Caspienne, les vives tensions entre l’Iran et la Russie d’un côté et l’Occident de l’autre remettent en question le projet d’un gazoduc transcaspien. Une situation qui force le Turkménistan à envisager des alternatives afin d’accroître ses exportations en produits raffinés et à se tourner vers Washington.

Novastan reprend et traduit ici un article initialement publié par Eurasia.expert.

Du 29 septembre au 2 octobre dernier, le président le président du Turkménistan Gourbangouly Berdimouhamedov a effectué une visite aux États-Unis, afin de prendre part à la 73e session de l’Assemblée générale des Nations Unies et souligner le caractère prioritaire du développement de la coopération entre son pays et l’ONU.

La situation économique et financière très difficile du Turkménistan, due à la chute de ses exportations en gaz, est, selon les experts, la raison des négociations qui auraient cours entre les présidents turkmènes et américains à propos de la construction d’un projet de gazoduc transcaspien. Un projet qui permettrait au Turkménistan d’accéder au marché européen.

Un chemin semé d’embûches

En effet, après la signature, le 12 août dernier, de la convention accordant un statut juridique à la mer Caspienne par cinq États la bordant, de nouvelles possibilités de percement d’un gazoduc sous-marin ont vu le jour, permettant de relier le Turkménistan à l’Azerbaïdjan d’abord, puis à la Turquie et l’Europe grâce au gazoduc transanatolien.

Novastan est le seul site en français et en allemand sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir à partir de 2 euros par mois, ou en devenant membre par ici.

L’article 14, point 1 de la convention stipule ainsi que « les parties peuvent procéder au percement de conduites dans le fond de la mer Caspienne ». Mais certaines conditions doivent être respectées. Ainsi, l’article stipule en son point 3 que « la fixation des tracés pour les conduites nécessite l’aval des parties sur le territoire desquelles seront situées ces conduites ».
Lire aussi sur Novastan : Les déboires du gaz turkmène

Ce point 3 s’avère potentiellement plus problématique. Si la partie septentrionale de la mer Caspienne est en effet divisée entre la Russie, le Kazakhstan et l’Azerbaïdjan, sa partie méridionale, quant à elle, bordée par le Turkménistan, l’Iran et l’Azerbaïdjan, n’est pas encore nettement séparée en secteurs. Si Achgabat et Bakou étaient les seules concernées, la question serait vite résolue.

Des échanges avec Vladimir Poutine

En effet, en dépit de débats concernant l’appartenance de quelques gisements, le Turkménistan a besoin de l’Azerbaïdjan pour exploiter le gazoduc transanatolien à plein rendement. Mais Téhéran pourrait avoir également des prétentions sur le secteur par où doit passer le gazoduc sous-marin, ce qui ne fait pas du tout les affaires d’Achgabat.

Envie d'Asie centrale dans votre boîte mail ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire par ici.

D’après certaines informations, l’opportunité de construire un gazoduc sous la mer Caspienne a compté parmi les principaux sujets de négociations entre Gourbangouly Berdymoukhamedov et Vladimir Poutine à Sotchi, en août dernier. Si l’on ne connaît pas le résultat de ces entretiens, on peut toutefois considérer que la visite du Président turkmène aux États-Unis tend à prouver qu’ils n’ont pas pleinement portés leurs fruits pour Achgabat.

Les alternatives

Entre-temps, Achgabat étudie certains projets alternatifs qui pourraient lui permettre de donner un coup de fouet à ses exportations en produits raffinés. De nouveaux acteurs sont d’ailleurs apparus sur la scène turkmène. Ainsi, le 17 septembre, une usine a ouvert ses portes en grande pompe à Garabogaz, qui va permettre de produire chaque année 660 000 tonnes d’ammoniac nécessaire à la fabrication d’un engrais azoté, le carbamide.

Lire aussi sur Novastan : Mer Caspienne : « le succès principal est le fait qu’ils se soient assis et aient produit quelque chose »

Le projet a été mené à bien par les entreprises japonaise « Mitsubishi Corporation » et turque « Gap Inşaat ». En outre, la rénovation de la station électrique de Mary s’est achevée en septembre. Son inauguration, combinée à la construction d’une nouvelle ligne électrique, ont permis d’exporter de l’électricité vers le Pakistan. Les entreprises turque « Halik Holding » et américaine « General Electric » se sont chargées de cette rénovation.

Achgabat s’accroche pourtant à l’idée du gazoduc transcaspien car ces derniers projets ne peuvent rivaliser en dimensions avec celui-ci. Ils ont toutefois le mérite de diminuer quelque peu la dépendance du Turkménistan à ses exportations de gaz.

Traduit du russe par Pierre-François Hubert

Edité par Roxane Poulain

Si vous avez aimé cet article, n'hésitez pas à nous suivre sur Twitter, Facebook, Telegram, Linkedin ou Instagram ! Vous pouvez également vous inscrire pour recevoir notre newsletter hebdomadaire ou nous soutenir en devenant membre de la communauté Novastan.

Le port de Turkmenbachi, au Turkménistan, au bord de la mer Caspienne.
Peretz Partensky
Aucun commentaire

Ecrire un commentaire

Captcha *