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Le Turkménistan ne bénéficiera pas de l’aide européenne pour lutter contre le coronavirus

Le Turkménistan ne bénéficiera pas de l’aide européenne pour lutter contre le coronavirus et ses conséquences.  Son niveau de richesse par habitant est en effet trop élevé pour faire partie des pays éligibles. Il en aurait pourtant besoin, tant les chiffres officiels ne traduisent pas la réalité économique de la population turkmène. 

Le 8 avril dernier, l’Union européenne (UE) a lancé un programme de 20 milliards de dollars (18,5 millions d’euros) pour soutenir ses pays partenaires face à la crise du coronavirus. Ce programme concerne notamment l’Asie centrale, à l’exception du Turkménistan et du Kazakhstan.

Le Kirghizstan et l’Ouzbékistan bénéficieront ainsi de 39 millions de dollars (36 millions d’euros) chacun, quand 42 millions de dollars (38, 8 millions d’euros) seront alloués au Tadjikistan, rapporte le média américain Radio Free Europe.

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L’obtention de cette aide est conditionnée par le Produit intérieur brut (PIB) par habitant. Les pays bénéficiaires disposent d’un revenu de niveau faible à intermédiaire inférieur, selon la classification de la Banque mondiale, soit moins de 3 995 dollars (3 690 euros) par an. En revanche, le Turkménistan et le Kazakhstan ont un revenu de niveau intermédiaire supérieur, c’est-à-dire compris entre 3 996 et 12 372 dollars (3 691 et 11 428 euros) par an. Ils ne pourront donc pas prétendre à l’aide européenne, comme l’affirme Chronicles of Turkmenistan, un média issu de l’Initiative turkmène pour les droits de l’Homme, basé à Vienne. L’information est également relayée par le média officiel Orient.tm.

Une politique de surévaluation du manat

Au Turkménistan, le PIB par habitant est de 7065 dollars (6 526 euros) en 2018. Pour calculer cet indicateur, la Banque mondiale se base sur les données fournies par les autorités des pays. Le PIB par habitant est donc calculé au taux de change officiel entre le manat turkmène et le dollar.

Cependant, il existe dans le pays un écart très important entre le taux de change officiel et celui pratiqué sur le marché noir. Fixé par les autorités, le taux de change officiel est de 3,5 manats pour 1 dollar. Sur le marché noir, le prix du dollar à l’achat est beaucoup plus élevé et fluctue autour de 20 manats.

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Ainsi, le Turkménistan surévalue sa monnaie pour maintenir la compétitivité de son économie et profiter d’exportations plus intéressantes. En refusant d’accorder le taux de change officiel – inchangé depuis 2015 – avec celui pratiqué beaucoup plus largement par la population, les autorités nient la réalité économique du pays.

Des difficultés économiques aggravées par la crise  

Les indicateurs retenus par la Banque mondiale sont donc biaisés. Calculé sur le taux de change officieux, le PIB par habitant du pays approcherait les 1 200 dollars (1 107 euros), rapporte Chronicles of Turkmenistan. Un chiffre près de six fois inférieur à celui officiel mais beaucoup plus représentatif de la pauvreté des Turkmènes, et qui permettrait au pays de bénéficier de l’aide européenne.

De manière générale, le Turkménistan cherche à affirmer son indépendance par rapport aux grandes puissances. En ce sens, les relations du pays avec les États-Unis se sont tendues début avril, autour de l’aide américaine, que le Turkménistan nie en partie avoir perçu.

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Pour autant, et même si les autorités affirment n’avoir détecté aucun cas de coronavirus dans le pays à ce jour, l’aide étrangère reste précieuse. L’économie du pays, qui repose essentiellement sur les exportations de pétrole et de gaz, est particulièrement impactée par la crise sanitaire. En effet, les cours mondiaux continuent de baisser et les pays freinent leurs importations. En ce sens, la Chine a diminué ses importations de gaz turkmène, alors qu’elle en est le principal acheteur.

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La pénurie de monnaie et les difficultés d’approvisionnement alimentaire sont aggravées par la pandémie et la population subit des restrictions quotidiennes. À l’interdiction des retraits en devises étrangères s’ajoutent le plafonnement des paiements par carte, la fluctuation des prix et le manque de denrées. Dans un tel contexte, l’aide extérieure est particulièrement souhaitable. 

Clotilde Rabault
Rédactrice pour Novastan

Corrigé par Aline Simonneau

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Du fait d’un PIB par habitant officiel trop élevé, le Turkménistan ne recevra pas d’aide de l’Union européenne pour faire à la crise sanitaire et économique.
Central Bank of Turkmenistan / Wikimedia Commons
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