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Le Turkménistan renouvelle pour 5 ans son exportation de gaz naturel vers la Russie

Suite à une reprise temporaire des livraisons de gaz naturel du Turkménistan à la Russie, le 15 avril dernier, un contrat pérenne a finalement été conclu entre les deux pays le 1er juillet. Cet accord entre Turkmengaz et Gazprom s’accompagne cependant d’un certain nombre de contreparties plus ou moins officieuses.

Le 1er juillet dernier, les compagnies gazières nationales du Turkménistan et de la Russie, respectivement Turkmengaz et Gazprom, se sont accordées sur un contrat d’approvisionnement en gaz naturel d’une durée de 5 ans. Selon le site officiel de l’entreprise russe, qui a publié l’annonce le 3 juillet, le contrat prévoit que 5,5 milliards de mètres cube de gaz seront fournis à Gazprom depuis le Turkménistan jusqu’au 30 juin 2024. Le coût de cet approvisionnement n’a pas été précisé.

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Ce point est d’importance. Le 8 juin 2015, la compagnie Gazprom avait soumis les prix pratiqués par Turkmengaz à un arbitrage international auprès de l’Institut d’Arbitrage de la Chambre de Commerce de Stockholm (CCS). Ce désaccord sur les prix avait finalement conduit Gazprom à interrompre unilatéralement le contrat avec Turkmengaz en 2016. L’agence Reuters précise que dans les décennies précédant cette interruption, le niveau des livraisons du Turkménistan à la Russie a pu atteindre les 50 milliards de mètres cube de gaz par an.

Suite à la levée de la procédure d’arbitrage le 31 janvier dernier, Turkmengaz et Gazprom ont relancé leurs échanges avec un accord temporaire qui a permis au Turkménistan de vendre 1,2 milliard de mètres cube de gaz à la Russie entre le 15 avril et le 30 juin.

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Le contrat qui a été signé le 1er juillet dernier vise à pérenniser cette reprise. Comme l’explique le média américain Eurasianet, l’interruption des livraisons de gaz turkmène à la Russie a finalement duré 40 mois et contrevient à l’accord intergouvernemental sur la coopération dans le secteur gazier qui lie les deux pays jusqu’en 2028.

Des conséquences politiques

Comme l’indique un article de Fergana news traduit par Novastan, cet accord a été conclu dans le contexte d’une grave crise économique au Turkménistan, qui coïncide avec la perte progressive de ses acheteurs de gaz. En effet, de 2017 jusqu’à cette année, la Chine a été le seul client à l’exportation du gaz turkmène, et a profité de son monopole pour imposer des prix particulièrement bas.

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Avec son retour sur le marché du gaz naturel turkmène, c’est maintenant au tour de la Russie d’imposer ses conditions. Plusieurs évènements dans le sillage du nouvel accord Gazprom-Turkmengaz révèlent en effet le poids renouvelé de la Russie dans la politique turkmène. Radio Azatlyk a notamment dévoilé le fait que le service des migrations du Turkménistan a commencé à délivrer, dès le début du mois de juin dernier, des passeports aux binationaux qui ont obtenu la citoyenneté russe après juin 2003. La double nationalité entre le Turkménistan et la Russie avait été annulée en avril 2003.

Un enjeu international

L’ambassadeur de la Fédération de Russie en république d’Azerbaïdjan, Mikhail Bocharnikov, a également mis en évidence l’étendue des intérêts russes sur le gaz turkmène. Lors d’une interview accordée au média azéri Caspianenergy le 4 juillet dernier, il a exprimé l’opposition de son pays au projet de gazoduc Trans-Caspien. Celui-ci doit relier le Turkménistan à l’Azerbaïdjan, à travers la mer Caspienne, et donc ouvrir le pays à l’exportation de gaz vers la Turquie et l’Europe.

Gazoduc Trans-Caspien Turkménistan Azerbaïdjan

L’agence de presse turkmène Orient a retenu plusieurs hypothèses pour expliquer le nouvel accord entre Turkmengaz et Gazprom. D’une part, il est envisageable que l’achat d’une partie du gaz turkmène soit favorable à la Russie dans son positionnement face à la Chine, qui serait mécaniquement poussée à acheter plus de gaz à la Russie, ou à le payer plus cher. D’autre part, il est vraisemblable que la société Gazprom soit désireuse d’accéder au champ gazier de Galkynysh, dont le potentiel est estimé à 26 000 milliards de mètres cube de gaz.

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Toujours est-il que la question énergétique reste au cœur des préoccupations économiques et politiques du Turkménistan, comme l’a révélé le président Gourbangouly Berdimouhamedov le 5 juillet dernier en réprimandant le directeur général de Turkmengaz sur la performance insuffisante du secteur, et en l’appelant à diversifier les ressources et leurs débouchés.

Magomed Beltouev
Rédacteur pour Novastan

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Le ministère du Pétrole et du Gaz du Turkménistan, à Achgabat.
Jim Fitzgerald
Carte du projet de gazoduc Trans-Caspien, qui doit relier le Turkménistan à l’Azerbaïdjan.
Thomas Blomberg
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