Les paraboles dans la capitale du Turkménistan

Le Turkménistan se dote d’un satellite

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Le 21 mars 2015, le Turkménistan, pays le plus fermé d’Asie Centrale, va lancer depuis Cap Canaveral aux Etats-Unis son premier satellite de communication à l’aide d’une fusée Space X. Fabriqué par l'entreprise Thalès, l’objectif du satellite est de moderniser les moyens de communications d’un des pays où l’accès à internet est des plus compliqué et restreint à travers le monde.

L’entreprise française a vendu en 2011 ce satellite au prix d’un Airbus A320, soit une centaine de millions de dollars. Dénommé TurkmenAlem (L’univers Turkmène), il est accompagné de deux centres de contrôle basés dans les provinces de Dach-Oguz et de Akhal. Une formation de cadres turkmènes est également prévue. Le président de Thalès Alenia Space Reynald Seyznec, en charge des satellites, soulignait alors l’importance de ce contrat dans leurs relations avec le ministère turkmène des communications : « le travail entre nos experts et ingénieurs respectifs durant les années passées a toujours été conduit par la vision qu’a le président G. Berdimuhamedov de son pays (…)».

Cette signature intervient dans un climat particulièrement favorable à la coopération entre grandes entreprises françaises et le régime turkmène, l’un des plus fermés au monde. Outre Thalès, c’est notamment Bouygues qui profite des dépenses de ce gouvernement, comme le souligne Le Monde diplomatique dans son article sur l’entreprise au Turkménistan, renommant même le pays, le «Bouyguistan».

Développer les communications pour mieux les contrôler

Le président du Turkménistan Gurbanguly Berdimuhamedov a souligné l’importance de ce lancement, qui permettra au pays de «développer ses systèmes de communications, de télévision et d’autres industries». En mai 2011, peu avant de signer le contrat avec Thalès pour le satellite, G. Berdimuhamedov avait créé par décret l’Agence Spatiale Nationale Turkmène sous le président du Turkménistan afin de pouvoir gérer les opérations satellitaires depuis le territoire turkmène.

La création de cette agence et la signature du contrat pour le satellite intervenaient un an après le retrait de licence d’opérateur télécom à la compagnie russe MTS, laissant Turkmène Télécom et sa filiale Altyn Asyr en situation de monopole sur le marché national.

Une mesure qui facilite le contrôle total sur les communications du pays, et permet ainsi une censure plus efficace. La communication est très difficile dans le pays, en particulier sur internet, très lent et souvent coupé comme le pointe Reporter Sans Frontières.

Une meilleure qualité de retransmission, mais pas de contenus

L’amélioration certaine des retransmissions télévisées des cinq chaînes nationales ne semble pas concerner la population turkmène, qui préfère largement les chaînes câblées russes disponibles dans le pays. C’est d’ailleurs un sujet d’énervement des autorités depuis plus de dix ans. Les paraboles couvrant massivement les toits d’Achgabat et défigurant la capitale de marbre sont la cible régulière des critiques du président. Avec des médias extrêmement contrôlés (le Turkménistan arrive 178/180 sur le classement mondial de la liberté de la presse 2014), qui dépeignent un quotidien toujours rose sans jamais évoquer des questions de fond ni la politique du gouvernement envers la population, le climat de défiance ne cesse de se renforcer. Ce sont donc les rumeurs qui constituent la principale source d’information de la population. Ces dernières ont récemment provoqué des ruées consécutives vers le dollar par crainte d’une deuxième dévaluation du Manat (la devise turkmène).

L’arrivée du satellite TurkmenAlem améliorera probablement la connexion internet et le système de communication. Ayant fait le choix de l’indépendance vis-à-vis de systèmes de communication étrangers – russe notamment – le pays pourra avec ce satellite offrir un service de meilleure qualité, et surtout entièrement contrôlé. La qualité des transmissions ne règlera cependant pas le problème de celle des contenus et les turkmènes, à l’image de leurs paraboles tournées vers la Russie, continueront certainement à chercher l’information ailleurs.

La Rédaction

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