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Le Turkménistan veut produire plus de coton

Le président turkmène a annoncé vouloir augmenter la production de coton au détriment de la production de blé d’ici à l’année prochaine. Le coton turkmène, très gourmand en eau et ramassé à l’aide de travail forcé, est pourtant interdit par la plupart des marques de vêtements occidentales.

Le président du Turkménistan Gourbangouly Berdimouhamedov a ordonné de réduire la production de blé afin d’augmenter la production de coton d’ici à l’année prochaine, a annoncé le 21 novembre dernier l’agence de presse officielle du Turkménistan. Cette annonce a eu lieu lors d’une réunion sur le développement du complexe agro-industriel du pays.

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Le coton turkmène fait pourtant l’objet d’interdiction d’importation par plusieurs pays, dont les Etats-Unis. De nombreuses marques de textile refusent également d’utiliser le coton provenant du pays à cause des nombreux cas de travail forcé pour le ramassage, comme le rapporte la campagne contre le coton portée par plusieurs grandes organisations de défense des droits de l’Homme. Cela ne semble pas être un problème pour l’industrie du coton turkmène qui a de grands plans, si l’on en croit les dernières annonces.

Plus de coton au détriment du blé

Selon l’annonce faite par le chef d’Etat turkmène, la superficie des champs de blé devrait être réduite de 760 000 à 690 000 hectares à partir de l’année prochaine, tandis que le plan de récolte des céréales devrait être réduit de 1,6 à 1,4 million de tonnes. Une décision spéciale, alors que le plan est le même depuis des années. Pour l’expliquer Gourbangouly Bermidouhamedov a avancé que la population était entièrement fournie en farine et en pain. Cela doit permettre ainsi d’agrandir la surface dédiée aux champs de coton et, en conséquence, le plan de récolte du coton devrait être porté d’environ 1 million de tonnes à 1,25 million de tonnes. « Cela fournira une opportunité de fournir à la production textile et aux entreprises industrielles de production d’huile végétale des produits à base de coton et des semences techniques« , explique l’agence de presse d’Etat.

Cet automne, le média américain Radio Free Liberty a à plusieurs reprises signalé une pénurie exacerbée d’huile de coton au Turkménistan. De plus, l’industrie textile a été parmi les industries critiquées publiquement par le président turkmène lors d’une réunion sur le développement du secteur industriel, décrite par l’agence de presse turkmène.

Le problème de l’eau dans le pays et la région lié au coton

Plus largement, cette décision d’augmenter la production de coton ne devrait que contribuer à dégrader encore un peu plus la situation vis-à-vis de l’eau dans le pays et surtout dans la région. Le coton en Asie centrale est le problème majeur qui a conduit à la disparition de la mer d’Aral depuis les années 1960.

En effet, le 26 mars dernier, des spécialistes du Comité d’État turkmène pour la gestion de l’eau ont annoncé au média turkmène Orient.tm qu’ils planifiaient la prolongation du canal du Karakoum de 200 kilomètres afin d’amener de l’eau vers les terres du sud et du sud-ouest de la région de Balkan. Le canal du Karakoum utilise à lui seul 25 % des eaux de l’Amou-Daria, tout en perdant près de 80 % de son eau par évaporation et infiltration, polluant par là-même les nappes phréatiques qui deviennent salées.

La prolongation du canal du Karakoum permettra d’achever la construction des réservoirs de Bereket (18 millions de mètres cube d’eau) et de Danatinsky (45 millions de mètres cube d’eau) et se fera en parallèle du remplissage du lac d’Altyn Asyr. Le but du projet est d’augmenter le débit en eau du canal afin de fournir les industries et l’agriculture.

Ce projet est ainsi indissociable de la volonté des autorités turkmènes d’augmenter la production de coton. Il est également un retournement historique majeur, car depuis son indépendance, c’est plutôt l’inverse qui s’est passé avec une réduction du coton au profit du blé.

Moins de blé et plus de coton : retour à l’époque soviétique ?

La politique actuelle de production agricole a été mise en place au Turkménistan sous le premier président, Saparmourat Niyazov (1991-2006). En 1990, seules 5 % des terres arables au Turkménistan étaient affectées à la production céréalière contre plus de 48 % en 2007, selon les chiffres du média russe Fergana News. Cette augmentation s’explique par la nécessité de garantir l’indépendance alimentaire du pays.

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Cependant, des observateurs indépendants constatent que peu de grands succès dans l’agriculture ont été enregistrés. Des sources signalent régulièrement une pénurie de farine et de pain au Turkménistan. Cela s’explique par un système de gestion inefficace et entièrement géré par l’Etat, en proie à des systèmes de corruption. La terre dans le pays appartient à l’État et les agriculteurs sont considérés comme ses locataires. Ils sont obligés de planter dans les champs ce que les fonctionnaires ordonnent, puis de remettre la récolte à l’État à des prix fixes.

La récolte agricole est toujours un succès au Turkménistan

Selon le communiqué de presse, la récolte agricole de cette année a été un succès, alors que le président a reconnu le non-respect des plans dans les secteurs minier et industriel. « Le chef de l’Etat a souligné qu’avait été récoltées cette année plus de 1 650 000 tonnes de céréales et jusqu’à présent plus de 1 060 000 tonnes de coton. Une riche production d’autres cultures a également été récoltée », rapporte l’agence de presse officielle. Un succès des récoltes presque obligatoire à annoncer, alors qu’il est politiquement difficile d’afficher le non-respect des plans sur la récolte agricole, notamment de coton, à laquelle une grande partie de la population participe.

D’année en année, les récoltes agricoles sont toujours annoncées comme ayant rempli les plans, ou mieux, les ayant dépassés. Cependant, le pays serait obligé d’importer des céréales des pays voisins, notamment du Kazakhstan, sans que cela soit officiellement reconnu par le Turkménistan.

La rédaction

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Mise en scène de la récolte de coton lors de la fête des moissons le 10 novembre dernier. Le Turkménistan planifie d’augmenter sa production de coton l’année prochaine.
Page de l'ambassadeur de France au Turkménistan
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Commentaires
  • Sujet tres interressant ,par contre que l on refuse du coton turkmene pour une histoire de droit de travail , ca fait sourir ,surtout qu en on sait comment les gros puissances font bosser les pays pauvres, par contre au niveau ecolo tout a fais d accord pour le stop du devellopement de la culture du coton.

    22 novembre 2019

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