Diplomatie Turkmenistan COVID-19 Aide Etats-Unis

Les relations entre le Turkménistan et les États-Unis se tendent autour de l’aide américaine

Alors que l’ambassade américaine du Turkménistan a annoncé avoir aidé le Turkménistan de plus de 200 millions de dollars depuis 20 ans, le ministère des Affaires étrangères turkmène, se sentant offensé, a réfuté ces informations.

Les relations entre le Turkménistan et les États-Unis se tendent autour du coronavirus. Tout a commencé le 6 avril par une déclaration de l’ambassade américaine dans le pays. Cette dernière a remercié les autorités turkmènes pour le rapatriement de citoyens américains le 28 mars et a proposé une aide 920 000 dollars (850 000 euros) pour renforcer le système sanitaire turkmène. Ces fonds seront utilisés pour soutenir la préparation des systèmes de laboratoire, renforcer la recherche de cas et la surveillance épidémiologique, aider les experts techniques à réagir et à se préparer. Un geste a priori accepté par le côté turkmène.

Novastan est le seul média en français et en allemand spécialisé sur l'Asie centrale. Entièrement associatif, il fonctionne grâce à votre participation. Nous sommes indépendants et pour le rester, nous avons besoin de vous ! Vous pouvez nous soutenir à partir de 2 euros par mois (défiscalisé à 66 %), ou en devenant membre actif par ici.

Mais assez rapidement dans le communiqué, les États-Unis affirment que depuis ces vingt dernières années, des fonds sont alloués au Turkménistan à hauteur de 201 millions de dollars (176 millions d’euros), dont 21 millions (soit 19,5 millions d’euros) dédiés à la santé. Un fait qui a déplu au ministère des Affaires étrangères turkmène, qui a nié dès le lendemain dans un communiqué que le pays ait reçu des fonds des États-Unis depuis 20 ans, comme précisé dans leur déclaration. Le ministère estime que la formulation choisie sous-entend que le Turkménistan est dépendant des aides américaines.

De son côté, le ministère des affaires étrangères du Turkménistan préfère rappeler les 167 contrats de projets qui ont été signés entre les deux pays. Cela équivaut à 3,5 milliards de dollars (environ 3,2 milliards d’euros) d’investissement dans le secteur de l’électricité, de l’aviation civile, de l’aéronautique, de l’agriculture et un certain nombre d’autres domaines stratégiques.

Les États-Unis se disent « fiers » de leur relation avec le Turkménistan

De plus, le Turkménistan estime que sa relation avec les États-Unis est une coopération à « bénéfices mutuels », et refuse de considérer les fonds perçus comme de simples aides économiques. Il qualifie alors les informations délivrées par les États-Unis comme « non fiables » dans son communiqué.

Les autorités rappellent également, par la voix du média turkmène Gundogoar, que le Turkménistan est le pays le moins aidé par les États-Unis en Asie centrale. En effet, en comparaison aux 201 millions de dollars reçus par le Turkménistan depuis ces vingt dernières années, le Kazakhstan, au cours de cette même période, a reçu 2 milliards de dollars, le Kirghizstan 1,2 milliard, le Tadjikistan 1 milliard, et l’Ouzbékistan 962 millions.

Interrogée par Radio Azatlyk, la version turkmène du média américain Radio Free Europe, l’ambassade américaine au Turkménistan a confirmé ses propos, tout en se disant « fière de son partenariat avec le Turkménistan depuis 25 ans ». Selon les données fournies par l’ambassade à Radio Aazatlyk, le Turkménistan aurait reçu 197 millions de dollars (181 millions d’euros) via l’aide américaine (USAID) depuis 2001.

Une nouvelle étape dans la défiance contre les États-Unis

Cet échange de communiqués entre États-Unis et Turkménistan n’est que le dernier épisode mettant en lumière une relation tendue. Côté turkmène, depuis plusieurs années, certaines sources rapportent une propagande anti-américaine grandissante dans le pays. Les autorités turkmènes ont récemment censuré le film 6 Underground de Michael Bay en août 2019, d’après le média russe Fergana News. Diffusé sur Netflix, il présente un pays imaginaire, le Turgistan, doté d’un dictateur féroce qui se fait renverser. Les autorités turkmènes ont vu rouge et ont alors appelé les États-Unis un « ennemi » du Turkménistan.

Plus récemment, Radio Azatlyk annonce que des sites internet sont bloqués dans le pays, dont la page du centre américain pour le contrôle et la prévention des maladies.

Le soutien américain reste essentiel pour le Turkménistan

Cependant, l’aide sanitaire des États-Unis serait la bienvenue au Turkménistan, car le pays ne peut désormais plus compter sur l’Union européenne. En effet, la présidente de la Commission Européenne a annoncé le 7 avril que 15 milliards d’euros seront débloqués pour aider les pays les plus démunis face à la crise de COVID-19, dont l’Asie centrale. Seulement, le Turkménistan, selon la classification de la Banque mondialeest considéré comme un pays à revenu moyen supérieur à l’instar du Kazakhstan, et n’est donc pas inclus dans les États à aider prioritairement.

Envie d'Asie centrale dans votre boîte mail ? Inscrivez-vous gratuitement à notre newsletter hebdomadaire en cliquant ici.

Or, un rapport de l’OMS montre que les dépenses publiques de santé du Turkménistan ne sont pas suffisantes : en pourcentage de dépenses de santé publique totales, elles sont passées de 13 % en 2000 à 9 % en 2015, alors que le niveau minimum recommandé est de 12 %.

De plus, l’ambassade américaine au Turkménistan publie un nouveau rapport sur son site officiel, informant que le pays pourrait cacher des données sur la propagation du coronavirus dans le pays. Elle rappelle également qu’aucune mesure stricte de quarantaine n’a été prise, et que les événements publics de masse ne sont toujours pas annulés. Le Turkménistan n’ayant recensé encore aucun cas d’infection au sein de ses frontières, le rapport indique toutefois que le pays n’est peut-être pas enclin à le confirmer, même en cas de détection de l’infection.

Plus largement, cette polémique devrait en rester là. De la part du Turkménistan, aucune réaction n’a été faite en retour de l’interview américaine à Radio Azatlyk. De quoi éteindre la possibilité d’un incident diplomatique.

Emma Collet
Rédactrice pour Novastan

Corrigé par Aline Simonneau

Merci d'avoir lu cet article jusqu'au bout ! Si vous avez un peu de temps, nous aimerions avoir votre avis pour nous améliorer. Pour ce faire, vous pouvez répondre anonymement à ce questionnaire ou nous envoyer un email à redaction@novastan.org. Merci beaucoup !

Le ministère des Affaires étrangères du Turkménistan nie les aides économiques des Etats-Unis depuis vingt ans. (illustration)
Dan Lundberg via Visual Hunt
Partager avec
Commentaires
  • Curieuse réaction des autorités Turkmènes quand on compare leurs aides reçue avec celles reçue par les pays voisins… Affaire à suivre donc..

    22 avril 2020

Ecrire un commentaire

Captcha *