Poèmes de René Cagnat

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Un poème est la cristallisation d'un moment intense de notre vie. Il est un effort indicible pour dire et chanter ce que nous avons connu de plus vrai, de plus élevé. Puissent ces modestes créations inciter les lecteurs de Francekoul à nous faire partager – avec traduction le cas échéant- leurs plus belles oeuvres poétiques (en kirghize ou en russe comme en français), c'est-à-dire leurs plus beaux morceaux de vie! J'envoie la balle, renvoyez-la. Et si vous n'avez pas compris le poème, revenez-y plusieurs fois : vous finirez peut-être par comprendre. Mais le mieux peut-être est de ne pas comprendre, de se laisser seulement bercer par la musique des vers : "de la musique avant toute chose" , écrivait Verlaine…

Brin d’algue   (1966)

(chanson océane)

Un brin d’algue et du sable fin
Se blottissent au creux de ma main,
Ma fillette,
Tes grands yeux verts, tes cheveux bruns,
 Se cachent au fond d’un grand chagrin
 Dans ma tête.

 Pour tes seize ans j’en avais vingt
 Le ciel pour nous s’était empreint
 De tendresse
 Quand, au hasard de nos chemins,
 Un beau soir nous mîmes en commun
 Nos détresses.

Les flots osaient se batailler
Pour voir ma gentille moitié,
Si bien faite,
Et refroidir ses petits pieds
Voulant venger, par amitié,
Mes défaites.

Car l’églantine et le rosier
Avaient beau jeter aux sentiers
Leurs épines,
Jamais ne firent prisonnier
Un sourire qui, sitôt renié,  
Assassine.     

Et l’oiseau bleu un jour revint
Pour te remettre un autre brin
D’amourette
Tu t’envolas ne laissant qu’un
Récif solitaire et qui geint
En cachette …

Un brin d’algue et du sable fin
Ont suivi un souffle incertain…
Je regrette
Tes grands yeux verts, tes cheveux bruns       
Qui gisent au fond d’un grand chagrin
Dans ma  tête…

 

Fiametta

Petite flamme
D’un été fou
Il m’en souvient
J’étais à vous

Il m’en souvient
C’était si doux
Petite femme
D’être à vous

Je n’y puis rien
J’y prenais goût
Votre sourire
Etait si doux

Je vous tenais
Sur mes genoux
Vous si petite
Un vrai joujou

Mais tout finit
Tout se dénoue
Nous nous quittâmes
Un matin d’août

Nous nous aimâmes
Un peu beaucoup
Ou beaucoup trop
Etait-ce tout ? 

Je n’y puis rien
Qu’en pensez-vous ?
Ma petite âme
Je suis à vous !

 

Petit oiseau d’ Extrême-Asie

Elle est mon papillon de nuit
Douce et légère comme un duvet
Elle est la joie que je cueillis
Elle est la peine que je sais

Elle est venue d’Extrême-Asie
A petits pas comme à regret
Elle a un peu de nostalgie
Sur son joli minois si gai.

Elle s’apprête en son logis
A petits coups, à petits traits,
Avec une grâce infinie
Qui me déchire et me défait

Elle a bon cœur et trop d’amis
Qu’elle ne laisse jamais en paix
Elle s’en empare, elle les séduit,
Ils sont heureux, les grands benêts !  

Puis elle en fait – par fantaisie ?-
Des malheureux sans faire exprès
Elle s’en afflige et puis l’oublie
Jeune linotte au ciel de mai

Mais elle est si frêle et jolie
Qu’on lui pardonne à tout jamais !
Petit oiseau d’Extrême-Asie
Je t’ai aimée, je t’aimerai

 

Septembre

Septembre est dans Paris et vous n’y êtes pas
La ville s’alanguit des regrets de l’automne
Et la Seine immobile et chagrine s’étonne
Un zouave s’est noyé sous le pont de l’Alma

Au Vert-Galant qu’agite un dernier feu de joie
Notre-Dame en son île a souri et pardonne
La Madeleine prend des airs de sauvageonne
Et le Palais-Bourbon là-bas n’en revient pas

Le Louvre se fait vieux il s’aigrit et bougonne
Mona Lisa quittez ce petit air narquois
Mais la belle insouciante en a ri aux éclats

Aux enfants revenus les jardins s’abandonnent
Et les roses y fleurissent une dernière fois
Paris est adorable mais vous n’y êtes pas

René Cagnat

Correcteur et formateur pour Francekoul.com

Ecrivain, spécialiste de l'Asie centrale

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