Turkménistan : des internautes poursuivis pour participation à des groupes « politiques »

Au Turkménistan, les internautes peuvent être poursuivis pour être abonné, sur les réseaux sociaux, à des groupes proposant un contenu critique vis-à-vis de l’Etat. Ces derniers jours, plusieurs personnes ont ainsi été menacées pour avoir suivi du contenu associé à la presse indépendante.

Cette article a été publié sur le site d’information habartm.org. Novastan vous en propose une traduction.

De nombreuses sources l’affirment : depuis quelques jours, les autorités du Turkménistan font pression sur les abonnés de groupes de discussion en ligne associés à la presse indépendante du pays ou à des organisations de défense des droits. Avec l’aide de différents organismes publics, dont des organisations de femmes, de jeunes ou encore d’anciens combattants, les services spéciaux parviennent à identifier des personnes faisant partie de certains groupes de l’application mobile LINE. Parmi eux, les communautés LINE d’ANT (Alternative News Turkmenistan) et de la radio « Azattyk » (branche turkmène de Radio Free Europe).

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D’après les informations qui ont filtré du pays, les personnes concernées sont convoquées et soumises à un interrogatoire sur les raisons de leur appartenance à tel ou tel groupe, avant d’être sommées de se désabonner. L’une des personnes « interrogées » a déclaré avoir vu sur la table une longue liste de noms précisant, pour chacun d’entre eux, un numéro de téléphone, une adresse et même un numéro de passeport. Selon lui, les employés appellent ces personnes au téléphone et leur déclarent d’un ton menaçant qu’ils savent de quel groupe en ligne elles font partie, avant de leur ordonner de s’en retirer et de ne plus se connecter sur ce site ou sur d’autres sites semblables.

Les personnes au bout du fil s’entendaient dire que « ce sont des groupes politiques, donc en faire signifie être dans le même camp que les auteurs d’articles contre le Turkménistan ». La conversation se concluait par des menaces : « C’est un premier avertissement, ce sera pire la prochaine fois. »

Il semblerait que ce travail d’identification ait été mené méticuleusement. On vérifie également si les personnes visées ont « liké » telle ou telle publication, ou – pire encore – si elles y ont laissé des commentaires. Dans ces deux cas, les internautes n’ont même pas droit à un « premier avertissement » et plusieurs ont été emprisonnés d’emblée, pour une durée allant de quelques jours à deux semaines. Certains de ces cas, qui se sont produits à Balkanabat, Turkmenbashi et Turkmenabat, ont été confirmés de manière certaine à ANT.

Des déclarations semblables sont également parvenues de lecteurs habitant la capitale, Achgabat. Il a ainsi été rapporté à ANT que des représentants d’une certaine « commission » passent dans les lycées et effectuent une vérification des téléphones afin de déterminer quels élèves participent à des groupes « politiques » en ligne. Ce contrôle accru des opinions sur internet se produit peu après que le ministre de la Sécurité nationale, Dovrangeldi Bayramov, a été rappelé à l’ordre par le président Berdimouhamedov, le 16 novembre. Rappelons qu’il s’agissait déjà de la deuxième réprimande adressée au ministre en un mois et demi.

L’article original en russe est disponible sur habartm.org

Traduit du russe par Félicie Kempf

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