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Turkménistan : les médias étrangers constamment espionnés pour les Jeux asiatiques d’Achgabat

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Vitrine du pays durant dix jours, les Jeux asiatiques au Turkménistan n’ont pas fait disparaître les réflexes de l’un des pays les plus fermés du monde.

Novastan reprend et traduit ici un article publié initialement sur Kloop.kg.

Entre le 17 et le 27 septembre dernier, la capitale du Turkménistan a accueilli les Jeux asiatiques des arts martiaux et des sports en salle. Un évènement international inédit pour un des pays les plus fermés du monde, qui en a fait une vitrine. Mais les vieux réflexes ne partent pas facilement. Ainsi, les journalistes venus à Achgabat à l’occasion des Jeux Asiatiques se sont plaints de la surveillance du Comité de sécurité nationale.

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Le site Azatlyk (branche turkmène de RFE/RL, ndlr) a contacté sous couvert d’anonymat des correspondants venus couvrir les Jeux Asiatiques. La plupart des journalistes interrogés ont avoué qu’ils étaient venus à Achgabat non seulement pour les Jeux Asiatiques mais surtout pour voir le pays le plus fermé d’Asie centrale. Mais les autorités turkmènes ne leur en ont pas donné la possibilité.

Les journalistes encadrés constamment par des « guides »

Les journalistes se sont plaints de la présence permanente de deux « guides » qui rapportent trois fois par jour leurs faits et gestes au Comité de sécurité nationale.

« J’ai deux guides, ils sont presque tout le temps avec moi. C’était une des conditions imposées dès notre arrivée à Achgabat. Je ne peux pas me déplacer seul, ils doivent tout le temps m’accompagner. D’après ce que j’ai compris, nous avons deux guides pour qu’il y ait moins de chance qu’ils parlent franchement aux journalistes ou qu’ils cachent quelque chose aux services de renseignement », a affirmé l’un des journalistes.

Impossible de parler à des Turkmènes

La presse n’a non seulement pas eu le droit de se déplacer librement mais on lui a interdit aussi de photographier un grand nombre de compétitions. Les policiers ont été massivement présents dans tous les lieux sportifs.

« Nous comptions énormément sur l’occasion de voir le Turkménistan et de parler à des Turkmènes ordinaires. Quand on nous a dit que nous n’avions pas le droit de sortir d’Achgabat, j’espérais au moins me promener et filmer les marchés et les institutions. Mais je n’ai pas encore réussi à le faire », a raconté un journaliste à Azatlyk.

Les autorités affirment qu’elles ont prévenu à l’avance que la présence de guides était une des conditions obligatoires d’obtention de visa pour la presse, les athlètes et les visiteurs. Elles expliquent le nombre élevé de policiers par une volonté d’assurer la sécurité des installations sportives.  Une situation décrite notamment par la chaîne franco-allemande Arte dans un reportage sur les Jeux :

La presse sous pression au Turkménistan

Le Turkménistan est un pays où  il est difficile d’obtenir des informations sur ses citoyens et ses problèmes. Il est souvent en bas des classements de liberté d’expression et de liberté de la presse. Le rapport de Reporters sans frontières de 2017 le place 178ème sur 180.

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Le pays est souvent décrit comme l’une des dictatures les plus fermées du monde, où les répressions contre les journalistes sont de plus en plus fortes.  Il y est interdit de s’abonner à la presse étrangère et l’accès à Internet est limité et contrôlé. Les rares personnes qui tentent de mettre en lumière les conditions de vie au sein du pays sont persécutés et torturés.

Des journalistes emprisonnés

En août 2015, le journaliste indépendant Saparmamed Nepeskouliev a été emprisonné pour possession de drogue. Il est toujours en prison, bien que des organisations internationales de protection des droits de l’homme aient demandé sa libération.

En décembre 2016, c’était au tour de Khoudaiberd Allachov, également journaliste indépendant, d’être arrêté, ainsi que sa mère et sa femme. Il est lui aussi accusé de possession de drogue. Il a été torturé et a « avoué » son crime.

Ces exemples ainsi que le traitement réservé aux journalistes durant les Jeux montrent que le Turkménistan est encore loin d’un début d’ouverture.

Métin Djoumagoulov
Traduit du russe par Valentine Baldassari

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Les Jeux asiatiques en salle organisés au Turkménistan ont été l’occasion d’attirer l’attention sur le pays.
Kloop.kg
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