Karabil grottes Turkménistan

Turkménistan : les mystérieuses grottes de Karabil

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A l’intérieur de ces grottes, des vestiges d’un monastère ont été retrouvés au XIXème siècle, mais peu de détails sont connus des chercheurs. Le lieu de culte daterait du Xème siècle. 

Novastan reprend et traduit ici un article publié initialement par l’agence de presse turkmène Orient.

Dans le sud du Turkménistan, dans l’ancienne oasis de Pendinsk, aujourd’hui située dans le district de Tagtabazar de la région de Mary, se trouvent des monuments anciens assez inhabituels. Ils ont longtemps occupé l’esprit des chercheurs, stimulé l’imagination des amateurs de l’Antiquité et des fans de tourisme extrême : il s’agit de grottes artificielles taillées dans l’épaisseur de la rive escarpée de la rivière Murgab, dans la région du mont Karabil.

On ne peut y accéder que par des pentes verticales de grès friable, si bien que réussir à s’y immiscer est extrêmement difficile. Il existe deux façons d’y arriver : en attaquant par le bas, au niveau de l’eau, avec des échelles, ou par le haut, équipé de matériel d’alpinisme, en se laissant descendre. Tout porte à croire qu’une telle difficulté d’accès à ces habitations troglodytes avait pour but d’assurer la sécurité de ses habitants.

Karabil grottes Turkménistan

Un réseau souterrain magnifiquement sculpté

Jusqu’à présent, la seule grotte accessible est celle de Yekegovak, également connue sous le nom de Ekedeshik. C’est une structure à deux niveaux, avec un couloir droit de 37 mètres de profondeur dans la montagne. De chaque côté se trouvent des chambres rectangulaires, à partir desquelles on peut pénétrer dans des pièces plus petites. A certains endroits, on trouve de petites salles au sol marqué de trous ronds – la trace laissée par d’anciens puits désormais secs, ou par un dispositif de stockage des vivres.

Karabil grottes Turkménistan

Une niche ovale, qui ressemble à un autel, ferme le couloir. Dans les murs, ici et là, se trouvent de petites encoches destinées à accueillir des bougies. Ici, la lumière du soleil ne pénètre jamais. On ignore encore comment les habitants de ces grottes réglaient le problème de la ventilation.

Une découverte à la faveur d’un effondrement

Il y a plusieurs années, l’effondrement d’une forte pente de la rive droite du Murghab (près des villages de Dashkiepr et Erden), due à l’érosion et au courant, a révélé les entrées d’une autre réseau souterrain, inconnu jusqu’alors. Les employés du site historique de la « Merv antique », qui recouvre le territoire de ces grottes, ont été appelé aussitôt pour explorer les lieux. Ces professionnels expérimentés ont été frappés par ce qu’ils ont découvert là-bas : les murs du complexe de Dashkengrin étaient ornés de différentes sortes de bas-reliefs, imitant habilement des formes architecturales classiques.

Karabil grottes Turkménistan

Des pilastres, sortes de colonnes encastrées dans les murs, terminées par des chapiteaux, et des arches y ont été taillés par le bras habile d’un sculpteur, qui possédait clairement une bonne connaissance des lois de la proportion et de l’harmonie. A la différence des intérieurs tout à fait ascétiques de Yekegovak, on lit dans ces structures troglodytes une tentative de créer des pièces destinées à la représentation et très certainement à des réunions importantes ou des cérémonies.

125 ans sans travail archéologique sérieux

Ces grottes se présentent aujourd’hui telles qu’elles ont été utilisées pendant plusieurs siècles. Certains éléments ont certes pu être réaménagés par leurs locataires successifs. Mais le plus souvent, lorsqu’elles commençaient à s’effondrer, elles étaient simplement recouvertes de terre. Il faudrait donc un sérieux travail archéologique pour dégager et étudier ces lieux, avant que puisse se dessiner une image un peu plus claire de l’utilité réelle de ces grottes.

Karabil grottes Turkménistan Monastère

C’est un ingénieur des mines russe, Athanase Konchin, qui les a découvertes il y a 125 ans. Après lui, le géologue, voyageur et écrivain Vladimir Obroutchev donne la première description scientifique de Karabil et d’un autre groupe de grottes artificielles en 1890, dans un livre intitulé La Plaine Transcaspienne.

Habitées jusqu’au XIe siècle ?

Au XXe siècle, beaucoup de spécialistes, de géologues, de géographes et d’archéologues visitent ces lieux. Il y a un peu plus de 50 ans, l’archéologue Galina Pougatchenkova s’est notamment livrée à une description très détaillée de ce mystérieux réseau souterrain. Elle a daté ces étranges structures au Xe ou XIe siècles, mais cette conclusion n’était fondée que sur les échantillons de terre qu’elle a recueillis au sol.

Karabil grottes Turkménistan Fouilles

Cela peut donc peut-être seulement apporter la preuve d’une utilisation postérieure de ces lieux : il est fort possible que ces grottes soient en réalité bien plus anciennes. Tant qu’il n’y aura pas de fouilles plus poussées, on ne saura pas exactement ce qui se trouve en dessous des couches les plus récentes, et il ne sera pas possible de dater ces grottes. Mais les hypothèses ne manquent pas.

L’hypothèse crédible d’un monastère bouddhiste ou chrétien 

Il y a un quart de siècle, une hypothèse intéressante a été formulée par l’historien en architecture Sergei Khmelnitsky, qui a rappelé que ce type de refuges artificiels a été utilisé ailleurs en Asie centrale, comme monastères – habituellement bouddhistes, et parfois chrétiens. Un certain nombre de ces monuments sont connus également en Chine occidentale (Yungang, Tianlong Shan), en Afghanistan (Bâmiyân), dans le Sud de l’Ouzbékistan (Kara-Tépé près de Termez) et au Tadjikistan (Ayvaj).

La régularité géométrique et les angles droits de Yekegovak ne laissent aucun doute sur le fait qu’il a été créé par des artisans expérimentés et que, au moins au début, ce n’était pas une simple habitation secrète, mais une sorte de monastère – ou d’habitation monastique, du moins.

Des grottes encore plus anciennes ?

Cela ne ressemble pas à une habitation troglodyte ordinaire comme celles du complexe voisin de Dortgovak. Si ces considérations se révèlent justes, alors les grottes de Karabil s’avèreraient beaucoup plus anciennes que du X-XIe siècles et pourraient remonter, comme Kara-Tépé, au II-IVe siècles, ou même avant. La disposition de ce type de cavernes sur les rives du Murgab était évidemment répandue au Moyen-Age.

Karabil grottes Turkménistan Bas relief Karabil grottes Turkménistan

Ceci est mis en évidence, en plus des grottes de Tagtabazar et des grottes de Dashköpri, par une source écrite dans un traité médiéval sur une colonie d’Aspar, nichée dans une gorge à quelques 12 lieues derrière Merverud  (aujourd’hui appelée Maruchak), à la frontière turkmène-afghane, non loin de Tagtabazar. Comme l’écrit le géographe arabe du Xe siècle Qudama Ibn Jaafar, « Asrab est un petit village, composé de grottes dans les montagnes ».

Comme dans la plupart des lieux archéologiques peu étudiés, ces grottes intrigantes inspirent plus de questions que de réponses…

Ruslan Muradov

Traduit du russe par la rédaction

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Les grottes de Karabil, dans le sud du Turkménistan, sont encore un mystère pour les archéologues.
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Les grottes se trouvent aujourd’hui en hauteur.
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Les grottes ont une profondeur d’environ 40 mètres.
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L’une des salles découvertes dans les grottes de Karabil
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Une vue rapprochée de ce qui ressemble à un monastère.
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Des fouilles ont été menées, mais peu de manière sérieuse.
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Un des bas-reliefs des grottes.
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Une des entrées des grottes.
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