Gourbangouly Berdimouhamedov

Zéro pointé pour la liberté de la presse au Turkménistan

Avant d’être élu président du Turkménistan pour la première fois, Gourbangouly Berdimouhamedov avait promis une ouverture du paysage médiatique. À la fin de son second mandat, force est de constater l’absence de réelle amélioration dans ce domaine. Au contraire, la répression et la surveillance semblent s’être renforcées.

Pour la deuxième fois en peu de temps, Soltan Atchilova, correspondante de Radio Azatlyk, la branche turkmène de Radio Free Europe/Radio Liberty basée dans la capitale Achgabat, a été harcelée par des inconnus. La journaliste de 67 ans était internée dans le sanatorium Artchman près de la capitale pour traitement médical lorsqu’elle a été attaquée et insultée par deux femmes qui l’accusaient de « salir le Turkménistan ». Ce soir-là, une autre retraitée de 75 ans a subi le même sort à cause de ses photos. Selon Soltan Atchilova, cette attaque serait basée sur un malentendu et la retraitée n’était pas visée.

Les attaques contre les journalistes

Le premier incident a eu lieu le 25 octobre 2016, après qu’Atchilova ait photographié des personnes dans une file d’attente. Un employé l’ayant remarqué lui a demandé de se justifier. Puis, Soltan Atchilova a quitté le magasin avant d’être arrêtée peu après par le même employé accompagné par la police. Elle a dû fournir ses données personnelles, mais a refusé de se rendre au poste de police et de leur remettre son appareil photo.

Après un certain temps, la police a laissé Atchilova partir, mais elle fut immédiatement entourée par trois hommes et une femme. Cette dernière a accusé Soltan Atchilova de l’avoir prise en photo. Ils ont exigé que la journaliste supprime ses photos tout de suite. Atchilova a promis qu’elle le ferait de retour chez elle mais les inconnus ont commencé à l’insulter. Ils ont alors attrapé son sac et son appareil photo et se sont enfuis. Soltan Atchilova affirme qu’elle ne connait pas ces personnes mais qu’ils ont certainement un lien avec le ministère de l’Intérieur ou la police.

L’affaire a attiré l’attention à l’échelle internationale. Le 7 novembre dernier, le jour précédant l’attaque dans le sanatorium Artchman, Human Rights Watch a publié sur son site une explication des événements et un appel aux autorités turkmènes à veiller à ce que Soltan Atchilova et d’autres journalistes puissent faire leur travail en paix. Il n’est pas exclu que cette publication ait provoqué la deuxième agression.

Être journaliste au Turkménistan : un travail presque impossible

Human Rights Watch et Radio Free Europe affirment qu’il y a de nombreuses tentatives d’intimidation des journalistes au Turkménistan. On aurait par exemple bloqué le téléphone et l’accès à Internet d’Atchilova depuis le 8 novembre. Mais ce n’est pas la première fois que la répression de l’État contre la journaliste est remarquée. Soltan Atchilova a subi des pénuries d’eau potable, des files d’attente interminables dans les épiceries et des problèmes de santé publique il y a quelques temps.

Elle n’est pas la seule. En 2015, un tribunal a contraint trois journalistes à abandonner leur travail pour Radio Azatlyk. Un autre journaliste a été condamné à trois ans de prison pour présomption d’abus de drogues, une pratique connue pour éliminer les membres indésirable dans l’espace public.

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Les autorités tentent d’empêcher la diffusion d’informations non désirées par le régime. Les journalistes étrangers sont systématiquement refusés et les médias du pays subissent une censure stricte, en dehors de Radio Azatlyk. Les journaux, la radio et la télévision parlent presque exclusivement des actions du président et du développement positif du Turkménistan. Les problèmes ne sont pas abordés et les informations n’arrivent quasiment jamais à l’étranger.

La lutte contre la télévision, Internet et les autres médias étrangers

Les chaînes de télévision étrangères, notamment russes ou turques, bénéficient d’une grande popularité en raison d’un contenu plus informatif que la télévision locale. La politique de la ville de ces dernières années s’est basée sur un démantèlement de masse des antennes paraboliques (officiellement pour des raisons esthétiques). Il est évident que cette mesure fait partie de la lutte du pouvoir turkmène contre les informations alternatives et fait partie intégrante de la politique isolationniste du président Berdimouhamedov.

La lutte contre les antennes paraboliques concerne également le récepteur de la chaîne de radio Azatlyk, la seule source d’information critique en langue turkmène. La chaîne de radio, qui n’a au Turkménistan ni bureau, ni journalistes accrédités, peut seulement être écoutée par le biais d’un satellite. Son site Internet est bloqué, comme Youtube, Facebook, Twitter et d’innombrables porteurs d’informations étrangers au Turkménistan.

Une censure difficilement contournable

Les utilisateurs essaient tout de même de contourner la censure grâce à certains logiciels. Généralement, Internet est lent, cher et encore peu répandu au Turkménistan. Seulement 15% de la population environ avaient accès à Internet en 2015. La communication en ligne est, elle aussi, extrêmement contrôlée.

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Une utilisatrice de Odnoklassniki, le « Facebook russe », a vu les conséquences terribles que peut avoir un commentaire critique sur les réseaux sociaux. Galina Vertiakova, 62 ans, a notamment participé à divers débats sur les mesures du gouvernement après une mauvaise expérience avec les autorités et avait posté des commentaires négatifs traitant notamment les fonctionnaires d’idiots ou critiquant l’incompétence du pouvoir turkmène.

Un mois plus tard, elle a été arrêtée sous un faux prétexte et son ordinateur a été saisi. Selon le portail d’information Alternative News Turkmenistan, les autorités punissent davantage les personnes qui expriment une opinion différente de la ligne officielle du gouvernement sur Internet depuis que le président Berdimouhamedov a rappelé à l’ordre son ministre de la Sécurité d’État, Dovrangeldi Bayramov, au début du mois d’octobre.

Sophia Sotje
Rédactrice pour Novastan au Turkménistan

Traduit de l’allemand par Clara Merienne

Une photo immense du président turkmène.
Carsten ten Brink
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